mercredi 25 octobre 2017

La vieille dame qui chante avec les fleurs, 1

Résultat de recherche d'images pour "voiture du futur"(Cet extrait appartient à un ensemble romanesque écrit par deux narrateurs : un personnage humain reconfiguré et un cobot littéraire. Un cobot est un robot décisionnel et empathique doté d'une intelligence artificielle de la dernière génération. Le passage que vous vous apprêtez à lire est entièrement rédigé par ledit cobot en étroite collaboration (d'où le terme cobot)  avec le personnage humain reconfiguré qui se nomme Bor après s'être appelé Jacques jusqu'à l'âge de soixante ans. D'une façon ou d'une autre, ce roman paraîtra au plus tard en 2020, après remaniements et retouches bien sûr.)

   Un accident a soudain immobilisé la circulation. La voiture a pris le relais de notre conversation sur le Japonais énigmatique*. «  Suite à un accident voyageur humain au premier niveau kilomètre cinquante-huit, le trafic est interrompu sur l’ensemble du réseau périphérique. La brigade d’intervention routière et les services de la voirie présentent leurs excuses à tous les usagers. Notre compagnie n’est pas encore en mesure d’évaluer le retard dû à cet aléa. En partenariat avec le multiplexe municipal, elle vous propose de visionner gratuitement et sans inserts subliminaux de publicités un tridoc sur le chant des pluviers d’Amazonie ou le brame du dernier cerf de Tromso. » Bor a choisi le chant des pluviers et l’habitacle de la voiture s’est transformé en forêt vierge. Des fumerolles gris bleu montaient d’un humus aux craquelures dorées et frisotaient. Une source gazouillait comme gazouillaient les sources au début de la création, dans la pureté des premiers sons. Une libellule longue de dix centimètres a traversé le décor en plongeant si profondément ses yeux dans les nôtres que Bor a eu un mouvement de recul. Puis un couple de pluviers s’est posé sur une liane. Après quelques trilles enjoués, le mâle a fait une révérence de théâtre assez comique et s’est lancé dans un exposé sur son espèce à lui de pluviers car il en est des dizaines à travers le monde. « On nous appelle pluviers d’Amazonie mais à l’origine nous sommes des pluviers de Sainte-Hélène. Sainte-Hélène est une île de l’océan Atlantique célèbre pour avoir accueilli en exil un empereur français au temps jadis. Dans les années deux mille dix, des promoteurs ont transformé l’île en station touristique et, de construction d’immeuble en construction d’immeuble, de parc à thème en parc à thème sur les dictateurs les plus célèbres de l’Histoire, le béton a gagné tellement de terrain qu’il ne restait plus un seul arbre pour nous les pluviers. Alors nous nous sommes réfugiés en Amazonie. Nos conditions de vie ne sont pas idéales mais notre espèce n'est plus en voie de disparition. La fondation Warren Buffet, le fonds des Scottish widows et la Ligue Internationale Des Oiseaux (L.I.D.O.) investissent chaque année cent mille néodolls pour assurer notre protection sans menacer nos capacités d’autonomie. Par exemple, nous couvrons nous-mêmes la totalité de nos besoins alimentaires. La gestion raisonnée de nos ressources environnementales a réduit de cinq pour cent le taux de notre mortalité prématurée. Enfin, notre présence en Amazonie génère des produits touristiques non négligeables pour l’économie vivrière locale avec une réduction de un pour cent de la très grande pauvreté parmi les indigènes. Un millième des bénéfices est également reversé à la société d’ornithologie de notre secteur. Laquelle peut ainsi équiper ses bénévoles de bonnes chaussures de marche et de répulsifs anti-tarentules efficaces. Si vous êtes sensible à la cause des pluviers, cette voiture dotée de la nouvelle technologie 4D vous fournira à prix coûtant un oiseau merveilleusement répliqué avec traducteur automatique de chant dans la langue de votre choix. Ayant trop abusé de votre patience, mais j’apprends à l’instant que la circulation restera paralysée sur les cinq niveaux du boulevard jusqu’à une heure avancée, je passe la parole à ma compagne qui va vous interpréter les arias les plus emblématiques de notre patrimoine. »

(Le Japonais énigmatique ci-dessus évoqué s'appelle Haruki Ogawa. Philosophe spécialisé dans les neurosciences, il mène une enquête dangereuse dans la prison internationale de la Terre Adélie et la terminera sur les hauteurs de Pisco Elqui au Chili...)

image charlotteauvolant.unblog.fr