samedi 11 février 2017

Sylvia Plath sur mon chemin

Il y a ce mur blanc, au-dessus duquel le ciel se crée -
Infini, vert, totalement intouchable.*
On n'a plus sous les pas
La sensation de la terre
Les yeux à tâtons dans la marche
Eprouvent l'épuisement de la langue
On échoue à désigner ce qui manque de nom
L'infini résonne si mal par-delà le mur
Le ciel s'est perdu depuis nos enfances
Comment savoir si ce n'est pas lui sous nos semelles
Comment retrouver sa mémoire

*

Mon paysage est une main sans lignes,
Tous les chemins s'y nouent,
Je suis le nœud serré*
Mon regard comme mes mains
S'épuisent à l'ébauche de l'horizon
Les oiseaux vont trop bas
Sous les plis de la lumière
Les herbes couchées abandonnent leurs signes
Dans les remugles de la terre

Je suis un goitre 

*

La lune a traîné dans la nuit
Son sac sanglant, comme une bête
Malade*
Les jardins aux premiers pas du matin
Des coulées grises suppurent
Aux abords des fondrières
Les bêtes blanches auront pu s'échapper
Le ciel est prisonnier de petits monticules
Où vont des souvenirs de courtilières
La lune lance encore une pâle lueur
Et mes yeux se détournent
Je l'enjambe comme un remords

Son agonie pourrait être la mienne

*

Tu seras bientôt conscient d'une absence
Qui grandira près de toi comme un arbre*
L'absence du père disparu en des sables lointains
L'absence de la mère au ventre trop fiévreux
Fardeau de l'ormeau mort qu'on n'a pu essoucher
Des gestes coupés avant le premier souffle
On y creuse avec des mots sans élan

On attendra la mort pour grandir

*

Jusqu'où s'étendent les arbres noirs
qui s'abreuvent ici ?*
Je ne dépasse pas la menace des frondaisons
Les aiguilles sèches y ont trop de murmures
Les ombres entreraient dans ma bouche
Et planteraient des racines
Mon sang prendrait la couleur des vieilles nuits
Quand mes enfances ne savaient pas
Où déposer les cris battus
Les arbres déjà avaient la couleur de la suie

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